lundi 30 janvier 2012

Jane Birkin en Israël : "Mon rapport à Israël, au judaïsme et à Serge Gainsbourg"

Mi- janvier, Jane Birkin s’est produite à Tel-Aviv et Ramallah. A cette occasion, elle a répondu à nos questions. Nous ouvrant son cœur avec une sincérité désarmante, Jane nous a parlé d’elle, de son rapport à Israël et au judaïsme, et de Serge, dont elle est la mémoire vivante. La parole à une femme cent pour cent positive :

- Quel est votre rapport à Israël ? Venez-vous souvent ?

Jane Birkin : Cinq ou six fois dans ma vie : la première fois pour le festival de film de Jérusalem. J’étais invitée à voir Jane B par Agnes V ; j’ai emmené ma fille Lou, la fille de Doillon Lola, et Nourit, notre chef opérateur, nous a montré tout jusqu’à Mea Shearim, où j’ai aperçu un homme qui regardait dans une boite aux lettres… Il n’a rien trouvé, donc j’ai dis aux enfants : « Cet homme attend une lettre qui ne viendra peut-être jamais. »

L’homme âgé nous a demandé d’où nous venions : on a dit d’Angleterre et de France. C’était août ; il faisait très chaud : il nous a invitées chez lui à boire du jus de fruit pour les enfants (c’était il y a 24 ans ?). Il nous a expliqué qu’il avait vécu en Amérique. On a mangé des biscuits qu’il gardait dans une boîte, comme la maman de Serge [Gainsbourg NDLR]. Le « banga » était sorti d’un frigo un peu arrondi comme dans les années 50. Il était charmant.

J’ai dit à Nourit : « je voudrais l’embrasser ». Elle m’a dit : « Ne le fais pas ! » Alors on s’est serré la main, et en sortant, j’ai couru lui acheter un truc, dans la boutique de souvenirs. On lui a écrit un mot de « merci » avec les enfants… pour qu’il trouve une lettre la prochaine fois qu’il ouvrirait sa boîte aux lettres…

Ensuite on a filé car Jane B avait déjà commencé ! J’étais en retard, j’ai expliqué qu’on avait été invitées par un homme chez lui à Mea Shearim… Personne ne voulait nous croire. « Si si ! », criaient les enfants.

« Tout notre répertoire était de Serge [Gainsbourg] orchestré par Djamel Benjeles : une merveille »

Jérusalem était magique, le Mur de lamentations : une vision terriblement touchante ! Avec mes musiciens d’Arabesque (il y a dix ans), on a tous fait la queue avec émotion. J’ai demandé à Djamel si cela lui posait un problème de chanter, jouer « Arabesque » à Tel-Aviv. « Un honneur », a-t-il répondu. « Tu te poses trop de questions : être applaudi par eux c’est un honneur. Serge était juif. »

Tout notre répertoire était de Serge orchestré par Djamel Benjeles : une merveille. On a pu à cette époque jouer à Gaza, et bien sûr à Ramallah. Quand je montre un film, le mien par exemple, au Jerusalem film festival, je le montre aussi à Ramallah.

- Vous considérez-vous comme un peu juive, du fait de la judéité de Gainsbourg et de celle de votre beau-fils ?

« Quand j’étais avec Serge, j’ai voulu devenir juive par romantisme »

Jane Birkin : Ah quelle question ! Quand j’étais avec Serge, j’ai voulu être juive par romantisme. Le rabbin Williams [de la synagogue libérale de la rue Copernic à Paris, NDLR] a dit que c’était pas une bonne raison… Serge me dit : « De toute façon, compte pas sur moi pour t’apprendre des règles : je les connais pas ! Jamais été a une bar-mitzva, et je suis TELLEMENT juif qu’il n’a même pas fallu me circoncire : je suis né comme ça ! » J’ai insisté un peu, malgré le fait que ses parents ne pratiquaient pas, et Serge m’a dit : « MEME si tu fais une transfusion de sang, tu ne serais pas juive !!! » Alors LA j’ai arrêté, vexée !

Mes parents adoraient Serge et sa famille. Je dois dire que le MELANGE nous a beaucoup apporté, à nous les Anglais : les « roast beefs » sommes devenus plus charnels, plus affectueux. Mon père et mon frère s’embrassaient sur la bouche à la fin, comme des Russes, alors qu’enfant, mon frère devait appeler mon père « pater » en latin !...

« Serge était TRES drôle : il faisait rire tout le monde avec ses blagues belges et juives »

Serge était TRES TRES drôle : il adorait se moquer de moi et faisait rire tout le monde avec ses blagues belges et juives. J’étais jalouse ! Je voulais faire partie du « clan »… Une telle gentillesse régnait dans cette famille ! Il s’en foutait que je sois une « vraie » [juive NDLR] ou pas… Je dois dire que les parents d’Yvan [Attal, mari de Charlotte Gainsbourg NDLR] sont pareils : la même générosité pour Lou et pour moi. Cela me touche beaucoup…

- Avez-vous pris partie dans le conflit israélo-palestinien ou avez-vous préféré ménager les susceptibilités des uns et des autres ?

« Je prie, sans être religieuse, pour une solution : que la Palestine reconnaisse Israël, qu’Israël reconnaisse la Palestine »

Jane Birkin : Pendant la guerre de six jours, j’étais en Angleterre, et très jeune, Serge avait écrit un hymne. Il était ému à l’idée que son peuple soit repoussé vers la mer… Il avait raison, j’aurais fait la même chose. 20 ans plus tard, il était un peu moins enthousiaste… Mais je ne peux pas parler en son nom : vingt ans après sa mort, quelle aurait était son opinion ? Je ne sais pas… J’ai un tas d’amis juifs à Paris, en Israël, des mathématiciens, des écrivains, qui sont pour deux Etats, ou des artistes qui, avec beaucoup de courage, jouent en Israël et en Palestine, avec en plus le risque d’être traités de traîtres… Je prie, sans être religieuse, pour une solution : que la Palestine reconnaisse Israël, qu’Israël reconnaisse la Palestine, qu’il y ait de l’espoir, des deux cotés. Ca doit vous sembler très banal et très naïf ce que je dis, mais au moins « I care », et un jour ça arrivera.

- Pourquoi ne pas vous produire aussi à Jérusalem ?

Jane Birkin : Oh, j’aurais adoré jouer a Jérusalem, le rêve ! Mais on ne nous l’a pas proposé…

- A quel public avez-vous destiné votre spectacle : francophones ou hébraïsants et arabophones, jeunes ou moins jeunes ?

« Les chansons de Serge n’ont pas pris UNE ride… il était toujours 20 ans en avance sur son époque »

Jane Birkin : Serge est pour TOUT le monde : il a joué avec ses « Amerloques », ses « rastas », ses « roast beefs ». Il a réinventé le français, il est reconnu comme le plus GRAND des compositeurs, notre Apollinaire, notre Cole Porter. « Melody Nelson » a 40 ans ; elle n’avait pas été vendue à l’époque et a été RETROUVEE par des jeunes : Beck Wainwright, Johnny Depp… Les chansons de Serge n’ont pas pris UNE ride… Il était toujours 20 ans en avance sur son époque ; il est admiré dans le MONDE entier : standing ovation à Berlin, « sold out » à Sydney [en rupture de stock NDLR], et au Japon des larmes, une tendresse extraordinaires, des boutiques, des pubs en son nom AUTANT qu’en France…

Photo Franck Laguilliez

Jane Birkin II

- En évoquant Birkin, on est obligé d'évoquer Gainsbourg. Les autres ont beaucoup élaboré sur ce que Gainsbourg a représenté pour vous. Comment vous, Jane Birkin, qualifieriez-vous son influence sur vous ?

« 4 jours avant de mourir, Serge m’a acheté un diamant : je croyais que c’était une blague, qu’il avait trop bu »

Jane Birkin : Comment parler de moi sans l’évoquer… Il est une partie de moi, et j’ai joué son coté « féminin », « blessé », « troublé ». « Babe Alone in Babylone » exprime SES blessures après notre séparation, tout comme « Les dessous chics », « Fuir le bonheur ». Il m’est resté fidèle, m’écrivant 36 chansons APRES notre séparation, jusqu’à la fin, jusqu’à « Amour des feintes », la dernière qu’il m’a écrite, 6 mois avant de mourir…

Une telle tendresse, un tel accompagnement méritent que je le chante jusqu’au ce que le monde entier reconnaisse Serge Gainsbourg… Il a représenté 25 ans de ma vie, il m’a « mise en valeur », m’a donné « confiance en moi »… Il me voulait connue, aimée… Il a fait tout pour : j’étais vue PAR lui, montrée PAR lui, aimée par lui, protégée par lui… Et même après notre séparation, il ne voulait pas entendre un MOT contre moi : il disait que TOUT était de sa faute, qu’il avait provoqué notre séparation… 4 jours avant de mourir, il m’a acheté un diamant. Je croyais que c’était une blague, qu’il avait trop bu… mais c’était vrai : il avait trotté dans la neige pour se rendre chez Cartier… Romanesque, ou peut-être savait-il qu’il allait mourir…

- Et comment vous, qui avez connu Gainsbourg mieux qu'aucune autre, le décririez-vous de l'intérieur ? Etait-il, chez lui, le provocateur à la cigarette des podiums ?

« Serge mettait en scène sa propre vie : il avait une Rolls Royce dont il se servait comme cendrier »

Jane Birkin : Derrière sa façade de dandy, c’était un timide qui avait besoin d’alcool pour draguer une fille, pour déconner, pour être un clown. Il était, avec mon père, l’homme le plus DROLE au monde, enfantin, pudique, candide, conscient de son propre talent mais ne se comparant pas à ses idoles poètes et peintres. C’était un esthète, un maniaque, un metteur en scène de sa propre vie, un artiste dans la déco de l’art de vivre, un homme généreux : je ne l’ai JAMAIS vu permettre a un autre de payer l’addition. Fidèle en amour, en amitié, courageux, romantique, un slave, un adolescent : il avait une Rolls Royce dont il se servait comme cendrier ! Il n’avait pas le permis !! Un père attentif, comique, mais victorien sur les « manières »… Vous verrez sur ses films de vacances un homme si attachant, un trésor, une terreur, un amour !

- Avez-vous connu et sympathisé avec Brigitte Bardot, l'autre icône de femme libre attachée à l'image de Serge avant vous ?

Jane Birkin : Absolument : elle était adorable et plus belle sans maquillage qu’avec… Charmante et touchante…

- La femme libre, c'est vous. Très jeune, Gainsbourg vous exposait dans des attitudes scandaleuses. Très jeune, vous avez pris votre destin en main avec la plus grande liberté. Avez-vous déjà ressenti des chaînes – familiales, religieuses, sociales ou autres ?

Jane Birkin : Aucune « chaîne », ni religieuse ni familiale, MAIS un grand sentiment de culpabilité, une terreur de décevoir ceux qui m’aimaient… « Libre » ? Pas tant que ça… 3 hommes ont compté dans ma vie, et 3 enfants. J’ai reçu une éducation bourgeoise, pas « libre » de tout… Peut-être est-ce pour cela que Paris et Serge ont été une libération ! Une nouvelle adolescence ! Je faisais des choses pour « plaire » à Serge qui vous semblent libertines ou choquantes, mais c’était de la « mise en scène » !

- De quel œil considérez-vous l'évolution des mœurs ? Va-t-on trop loin dans un sens ou dans l'autre ?

Jane Birkin : Il y a un peu trop de « politically correct » ! Plus de Serge pour choquer des téléspectateurs et dire ce qu’il pensait ! « Mon légionnaire » avec un gamin, « Lemon incest » ne seraient plus possibles aujourd’hui, ni même « Je t’aime moi non plus » ou le film « La décadence » !

- Comment gère-t-on les infidélités qui accompagnent inévitablement une très grande liberté ?

« …un an plus tard je tombais amoureuse de Gainsbourg, donc BRAVO John [Barry] de m’avoir quittée ! Ca m’a rendu un GRAND service ! »

Jane Birkin : ACUNE infidélité, vous vous trompez !! J’étais jalouse comme une tigresse et Serge aussi. J’ai quitté Jacques Doillon car je ne pouvais PAS supporter ses « affaires » avec toutes les actrices... non je suis TRES sensible sur ce point ! Je me suis dit qu’avec l’âge je devrais comprendre, que c’est pas la fin du monde une « affaire » d’une nuit, que c’est la complicité, et même être DANS la confiance qui comptent, et je le CROIS : tant de couples ont surmonté cela. C’est une très grande preuve d’amour, et AUSSI la compréhension qu’on ne peut pas VIVRE l’un sans l’autre, que c’était juste une aventure… mais MOI j’ai jamais pu… J’ai seulement « joué la libertine », avec Serge en metteur en scène…

J’étais folle dingue de John Barry, mon mari compositeur que j’ai épousé à 18 ans, et quand il m’a trompée puis quittée pour ma meilleure copine, j’ai cru mourir, que la vie était terminée. J’avais 20 ans… Mais non : j’avais ma petite Kate et un an plus tard je tombais amoureuse de Gainsbourg, donc BRAVO John de m’avoir quittée ! Ca m’a rendu un GRAND service !!!

- Qu'est-ce que la liberté pour Jane Birkin ?

Jane Birkin : d’avoir le privilège de faire ce que je veux, sans aucune contrainte…

- Quel est le secret de votre sourire ? Vous avez vécu, traversé des épreuves. Avez-vous développé une philosophie de la vie ? (Suite plus bas)

Photo Jeffrey Galvezo Sales

Jane Birkin III

« Souris et le monde sourira avec toi, pleure et tu pleureras toute seule »

Jane Birkin : Maman disait : « Souris et le monde sourira avec toi, pleure et tu pleureras toute seule ». Elle avait raison : la vie m’a gâtée, mes filles vont bien, leurs bébés vont à merveille, on est tous ensemble en contact au bout du fil, par textos et mails tous les jours, plus que le plupart des familles, on ne manque de RIEN… Je n’ai AUCUNE raison de ne pas sourire, et ça rend la vie plus gaie : on me sourit aussi. CA c’est une chance, et si je ne souris pas je me sens vieille, triste : souris et c’est comme un lifting ! Exercice numéro un !

- Y a-t-il une clé du bonheur que vous accepteriez de confier à nos lecteurs et lectrices ?

Jane Birkin : Je crois que je viens de le faire ! Vous les femmes, vous êtes belles, fortes, ne vous faites pas dominer, ni par des hommes, ni par des « critères » de beauté publiés dans la presse. L’âme est belle, la curiosité est un don sublime, intéressez-vous aux autres, ne paniquez PAS avec l’âge, apprenez autre chose, voyagez, voyez les cultures des autres, leurs vies, leurs charmes, c’est TRES enrichissant, sortez avec vos copines, rigolez un peu : ça fait du BIEN. VIVEZ. Les Japonais m’ont appris cela : « vivez pour aujourd’hui », eux qui vivent sur un volcan…

- Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui construisent leur vie ?

« Moi je regarderais celui qui n’ose pas se mettre en maillot, qui lit un bouquin en dessous d’une ombrelle… »

Jane Birkin : D’apprendre à lire, d’être aussi armée qu’un homme face à la vie, de ne pas vivre juste pour le regard de l’autre (je VIENS DE COMPRENDRE que j’ai fait tout le contraire !) Les « coups de foudres » ne sont pas FORCEMENT des choses qui durent. La complicité, la fascination pour les mêmes choses, ça compte aussi. Fréquentez un homme attentif, ça c’est génial. Quel ennui, le bel être sur la plage ravi de son corps couvert d’ambre solaire !!! MOI je regarderais celui qui n’ose pas se mettre en maillot, qui lit un bouquin en dessous d’une ombrelle, qui caresse un chien qui passe…

- Et quels conseils aux jeunes actrices ?

Jane Birkin : FONCE, fais des rôles jeunes, le cinéma est TRES sévère, il y a des règles, une discipline. Faut connaître son texte, être a l’heure. Apprends, va faire une « audition » : on peut gagner, comme moi à 17 ans. On a une fraîcheur, une émotion liées à la jeunesse. Utilise-les : c’est ce que j’ai dit a Charlotte et Lou, à 12, 13 ans. Et si ça marche pas, fais autre chose… Etre actrice, c’est une vie TRES dure. Si tu ne fais RIEN d’autre, ça peut devenir démoralisant d’attendre le téléphone. Alors faut avoir une autre flèche à son arc. Et aimez la vie : c’est génial d’être jeune !

Photo Anna Schwarz

Propos recueillis par Nathalie Szerman

dimanche 22 janvier 2012

Haïm Ben Haïm : « La peinture est un coup de cœur »

Haïm Ben Haïm, Israélien novice mais peintre chevronné, cumule des tableaux sur la Provence, la vie américaine, auxquels viennent s’ajouter des œuvres plus récentes sur Jérusalem, mais aussi le Goush Katif et Sdérot…

« Une exposition qui promet de célébrer la couleur et qui tient sa promesse, vous savez quel plaisir c’est ? »

Son studio est un havre de paix sur la rue plutôt bruyante de Derekh Hevron, en plein Jérusalem. Chez lui, tout n’est que « calme, luxe et volupté », mais une volupté toute cérébrale, puisqu’il s’agit du plaisir des couleurs qui s’affrontent et se croisent sur les tableaux qui illuminent sa maison, du salon aux toilettes. La couleur est toute sa vie : rien de surprenant donc à ce que le peintre Haïm Ben Haïm ait transformé sa demeure en immense atelier.

La couleur, Haïm Ben Haïm peut en parler des heures, et pas seulement de celle qu’il crée à partir de ses pinceaux. Ainsi, une exposition à laquelle il a assisté en Israël l’enflamme pendant de longues minutes : « Une exposition qui promet de célébrer la couleur et qui tient sa promesse, vous savez quel plaisir c’est ? » On peut l’imaginer en voyant ses yeux briller.

Pour Haïm Ben Haïm, qui réalise essentiellement des peintures à l’huile et travaille sur plusieurs couches, la toile, et surtout la première couche, sont en elles-mêmes sources d’inspiration…. car elles sont couleur pure. Ainsi, on trouvera deux toiles de couleur unie accrochées sur un pan de mur, l’une turquoise et l’autre rose saumon : « C’est la première couche de tableaux d’une nouvelle série. Je regarde ces couleurs et l’inspiration me vient peu à peu. »

Il collabore aux fondations des Tours jumelles de Manhattan : « Elles se sont effondrées, mais les fondations sont restées »

Né à Casablanca, Haïm Ben Haïm hérite de l’ « amour du design » de son père, qui était graveur. Il étudie donc l’architecture, qui devient son métier : il travaille à Rome, Tripoli, Cannes, New York. Pendant ses six années passées à New York, il collabore aux fondations des Tours jumelles de Manhattan : « Elles se sont certes effondrées, mais les fondations sont restées », ironise-t-il.

Face à la rigueur des travaux d’architecture, le dessin au crayon, puis les aquarelles et enfin les huiles lui offrent un espace de liberté où il se ressource. Plusieurs périodes se révèlent sur les murs de son atelier-salon : des périodes naïves, réalistes, abstraites. Mais les artistes qui l’inspirent demeurent les mêmes sur la durée ; il leur a d’ailleurs rendu hommage par une toile où il imite à la perfection leurs signatures : on y trouve « le génial Picasso », mais encore Klein, Matisse, et aussi le moins connu « Nicolas de Staël », qui a pourtant sa préférence. Amoureux de la peinture en général, Haïm Ben Haïm fait parfois l’acquisition du tableau d’un confrère, « même quand je suis fauché », avoue-t-il, expliquant simplement : « La peinture, c’est un coup de cœur. »

Aujourd’hui, il a délaissé l’architecture pour se consacrer entièrement à la peinture. Il s’occupe en outre lui-même, un peu laborieusement parfois, de sa propre promotion : « J’ai exposé à la cinémathèque de Jérusalem, au théâtre de Jérusalem, au café Paamon de Jérusalem toujours, et j’espère bientôt exposer au centre culturel Romain Gary, ainsi qu’à l’Institut français de Tel-Aviv. J’ai jusqu’à présent peu vendu en Israël, mais des amis me représentant au Canada et aux Etats-Unis ont en revanche su intéresser des amateurs d’art. »

La toile de jute : un support de peinture dans l’esprit de l’époque

Intransigeant sur la précision des couleurs, comme un musicien le serait sur la justesse d’une mélodie, Ben Haïm l’est moins sur le support de ses œuvres : une porte trouvée dans la rue lui a servi de support pour une série de motifs marocains aux couleurs vives. Il utilise aussi des toiles de jute récupérées de vieux sacs abandonnés sur les marchés, comme celui du Makhané Yéhouda de Jérusalem. L’usage de ces toiles semble une évidence à une époque où les considérations écologiques et le recyclage des matières reçoivent enfin l’attention méritée. Elles confèrent en outre aux toiles un caractère populaire moderne qui évoque le Street Art.

Ce serait Alberto Burri, peintre italien du 20ème siècle qui aurait le premier, d’après Ben Haïm, eu recours à la toile de jute comme support de peinture. Depuis, la technique a été reprise par de nombreux peintres, mais demeure encore trop marginale. Alberto Burri crée une série de sacchi (sacs) à partir de sacs en toile de jute qu'il « peint, racle et plonge dans la colle avant de les recouvrir de linges usés et déchirés, dont il utilise les trous, rapiéçages, abrasions ou éraflures, métaphores de chair humaine meurtrie, blessée et ensanglantée. »

Chez Ben Haïm aussi, ces toiles de fibre brute, souvent recyclées, servent de support à des œuvres plus dures, comme celles retraçant des épisodes politiques douloureux : le désengagement du Goush Katif notamment. L’une des toiles de la série Goush Katif est d’ailleurs exposée au musée du Goush Katif de Jérusalem. En revanche, ses œuvres sereines représentant d’interminables champs de lavande mauves, des chaumières aux toits rouges, le ciel bleu de l’enfance, sont exécutées sur de la toile blanche.

HAIM BEN HAIM II

Des peintures sur le désengagement du Goush Katif et une maquette à la mémoire des victimes des roquettes de Sdérot

Les murs de son grand salon sont intégralement mobilisés : peintures à l’huile et au couteau, prédilection pour les tons chauds. Ses tableaux plus anciens représentent des paysages de cette Provence où il a longtemps vécu : ruelles ensoleillées, champs et fermes traversés de chemins tortueux… De New York, il est revenu avec une série de dix toiles sur la consommation, qui rappelle l’art pop : canettes de coca, néons publicitaires : « La consommation, je n’aime pas ça », dit-il. Elle a toutefois inspiré l’une de ses séries les plus parlantes.

Et bien sûr, l’actualité israélienne est une source intarissable d’inspiration : après l’expulsion des habitants du Goush Katif, c’est le sort des habitants de Sdérot qui touche Ben Haïm : il réalise une maquette à la mémoire des victimes de roquettes tombées des années durant sur cette ville pauvre de Sud, quasiment livrée à elle-même. Son rêve ? Que la sculpture grandeur nature soit érigée dans le centre de Sdérot.

Jérusalem est toutefois la principale source d’inspiration de ses tableaux les plus récents. Un grand tableau représentant Jérusalem sur de la toile de jute nous vaut un coup de cœur : un fond aux multiples couleurs, réalisé « à partir de ce qui restait de couleurs sur la palette », évoque la vision de très près ou à la loupe d’un textile, tandis que le Mur occidental et ses fidèles sont représentés en petit sur un morceau seulement de la toile. Sur ce tableau, l’infiniment grand et l’infiniment petit se rencontrent pour évoquer l’éternité d’une prière

Article Nathalie Szerman

Photos Artistes d'Israël

lundi 12 décembre 2011

Rachel Yedid : le corps des femmes, l’âme de l’Homme

Certaines rencontres vous donnent le sentiment de plonger dans un autre monde. C’est ce qui nous arrive lorsque, suivant l’artiste peintre Rachel Yedid jusqu’à son atelier de Jérusalem, nous longeons, par un froid record, des couloirs obscurs inondés de pluie, et traversons les pièces abandonnées d’un vieux squat.

« Rendez-vous dans mon atelier ? » C’était la suggestion - plutôt banale – de l’artiste quelques jours plus tôt. J’imagine alors un atelier faisant également office de galerie, des toiles accrochées au mur, d’autres posées contre un mur, un chevalet traînant au milieu de la pièce...

« Pour peindre, j’ai du faire des sacrifices familiaux, personnels, amoureux... »

Mais Rachel Yedid ne cessera de me surprendre : dans la grande pièce glacée qui lui sert d’atelier, où les fenêtres ne sont fermées que par des rideaux écru qui ondulent comme autant de fantômes sous un plafond somptueux - tranchant avec l’absence de tout autre décor, je n’aperçois aucune toile.

C’est que Rachel Yedid a décidé de prendre l’entretien en main et de présenter ses toiles lorsqu’elle le jugera bon. Marchant de long en large dans la pièce, elle préfère ne pas être interrompue pendant qu’elle m’explique ses peintures, que je n’ai pas encore vues, et qu’il me tarde désormais de découvrir.

Rachel Yedid est une jeune femme fascinante : une allure frêle conjuguée à une volonté que l’on sent indomptable, une longue crinière dorée, un regard bleu sérieux, une allure en jean négligée très calculée... Elle en impose par son goût et sa personnalité. « Pour peindre, j’ai du faire des sacrifices : sacrifices familiaux, personnels, amoureux... », confie-t-elle avec une pointe de douleur. Elle ne se donne pas à demi, et c’est à son art qu’elle a voulu se consacrer corps et âme.

Photo: Rachel Yedid

Rachel Yedid (suite)


Des femmes en état de grâce

« Corps et âme » : le « corps » n’est pas ici de trop, car la source d’inspiration de Rachel n’est autre que le corps des femmes. Rachel entreprend enfin de dévoiler ses toiles : c’est une forme de striptease artistique qui nous laisse constamment en attente. Des toiles immenses, sur fond noir, révèlent des femmes en état de grâce : des femmes en lingerie fine dont les mains ébauchent des mouvements de danse. « Les mains, les doigts, l’extrémité des doigts sont comme l’extrémité de l’âme », explique l’artiste. Car par le corps des femmes, c’est l’âme humaine que Rachel donne à voir : une âme qui aime, qui endure et qui transcende la douleur. « Les femmes ont conscience de leur souffrance alors que les hommes savent la ranger dans un tiroir », analyse la jeune femme.

Sur la peau de ces femmes aux yeux « entre-fermés », dont le regard intérieur s’exprime par la gestuelle du corps, on aperçoit des traînées rouges et parfois vertes : la peau semble fragilisée, blessée, voire martyrisée, et en d’autres lieux d’un blanc diaphane. L’une de ces femmes, assise, jambes entrouvertes, lève la tête vers le ciel, les mains posées sur son bas-ventre. Sur une autre toile, dont la moitié supérieure est un fond intégralement noir, une femme à la peau froide bleuâtre et au geste auto-protecteur de la main, « traverse une descente aux enfers », selon l’expression de l’artiste.

Les couleurs chaudes de la plupart de ses peintures, où le rouge, l’or et l’ocre le disputent au noir, rappellent les tons de Modigliani. Mais non, Rachel ne trouve pas son inspiration chez Modigliani : ses femmes à elles sont modernes, actives, indépendantes, pleinement conscientes de leur force comme de leur vulnérabilité, « et c’est alors que leur vulnérabilité devient une force », note Rachel. Rien à voir avec la femme passive – seulement sensuelle – de Modigliani.

Tout en se lançant dans un monologue étonnant, jamais convenu, Rachel met de la musique : « Brahms, interprété par David Greilsammer, mon pianiste préféré ». Car c’est de musique que Rachel va essentiellement nous parler : « Pour moi, la musique est l’art suprême : j’essaie de m’en approcher par la peinture ». Avec un père chef d’orchestre à l’UNESCO et une mère violoncelliste, Rachel passe une enfance aux quatre coins du monde. « Mais c’est Jérusalem que je préfère, pour sa lumière... » C’est pourquoi elle a décidé, voilà dix ans et alors qu’elle étudiait aux Beaux Arts, de faire son alyah. Cette jeune femme solitaire, indépendante et inclassable, allume les bougies du shabbat et respecte le repos du 7ème jour.

« Des femmes pour qui j’ai eu un coup de foudre »

Par la peinture, c’est donc de musique que s’occupe Rachel Yedid. Son instrument : le corps des femmes bien sûr, un corps qui danse, qui se déploie et se rétracte comme une partition. Les modèles de l’artiste ne sont pas des poseuses classiques : « Ce sont des femmes pour qui j’ai eu un coup de foudre ». Et comme un coup de foudre n’arrive pas tous les jours, on repère trois principaux modèles. La dernière en date : Racha Arodaky; une pianiste syrienne musulmane, de culture française et laïque, qui habite Paris : Rachel Yedid part trois fois par ans la retrouver. Le point commun entre ses modèles : « Leur rapport à la musique : elles sont pianistes, chanteuses, danseuses. »

Chaque toile a pour genèse une, ou plusieurs, séances photos en studio : « Il me faut parfois plusieurs séances pour capturer le geste, l’expression qui servira de modèle à mon tableau ». Une fois le geste attendu mis en boîte, la « poseuse » a quartier libre et le travail de peinture commence, un travail solitaire de longue haleine : « Je peins à l’huile, sur plusieurs couches, entre huit et dix. Une toile prend des mois à réaliser et je travaille donc sur deux ou trois projets en parallèle, environ six heures par jour ». Seule et sans agent, Rachel se fait connaître comme elle peut : par un compte sur facebook et la diffusion de son adresse mail : rachel.art77@gmail.com>. Le bouche à oreille fonctionne bien.

On distingue deux grandes périodes dans le parcours pictural de la jeune artiste : une première période où Rachel est son propre modèle : des couleurs pastel, des gros plans sur le visage, les yeux, les cheveux. Puis le style change radicalement, comme si le côté tourmenté de la féminité avait finalement été révélé à l’artiste : c’est le corps qui prend le dessus, délaissant quelque peu le visage : un corps en appel, un corps de l’ombre.

dimanche 11 décembre 2011

Peinture de Rachel Yedid

Posted by PicasaFemme en souffrance, les mains posées sur le bas-ventre, dans un geste auto-protecteur

Rachel Yedid (suite)

« La paix au Moyen-Orient se fera quand les femmes seront en accord et en paix entre elles et face aux hommes »

Ses derniers tableaux annoncent toutefois une nouvelle direction : les formats sont moins grands, et le focus s’est déplacé de l’ensemble du corps à la main. L’un de ses derniers opus représente une main puissante, charnue, au geste toutefois gracieux. « Une main d’homme », dis-je. « Une main de femme », corrige Rachel. La femme demeure donc l’inépuisable source d’inspiration de l’artiste, qui ne cesse de s’émerveiller de sa force, son humanité, son amour. Mieux encore, Rachel pense que ce sont les femmes qui règleront les grands conflits d’aujourd’hui : « La paix au Moyen-Orient se fera quand les femmes seront en accord et en paix entre elles et face aux hommes ».

La lumière transperce enfin les nuages amoncelés ce matin sur Jérusalem, et c’est le moment pour Rachel de retourner à ses toiles. Nous traversons en sens inverse les couloirs du squat ou s’entassent des meubles renversés, des canalisations rouillées. « Vous savez, c’était autrefois la demeure du peintre israélien Miron Sima. Quand la police est venue me chercher pour me mettre dehors, j’ai demandé à rencontrer le propriétaire. Il a vu mes peintures et a consenti à me laisser occuper ce lieu. » Comment ne pas être conquis, en effet ? Le propriétaire a du penser, comme nous, que l’âme du défunt Miron Sima avait trouvé son héritière spirituelle, l’avait invitée chez lui, et qu’il fallait la laisser peindre.

Nathalie Szerman

dimanche 30 octobre 2011


Le 13 NOV à 9h30 heure française, ne ratez pas...

sur La Source de Vie, un hommage au patrimoine d'Israël rendu par le peuple de Côte d'Ivoire : L'EXPOSITION DU SECOND TEMPLE à Abidjan



mardi 25 octobre 2011

Un film exceptionnel de David Szerman

Le 13 novembre 2011 sur France 2 (9h30, heure française), l'émission du dimanche matin de Josy Eisenberg La Source de Vie diffusera un documentaire unique, inédit, époustouflant, sur l'exposition du Second Temple en Côte d'Ivoire.

Text Color
Les Ivoiriens, enfants, adultes, jeunes gens de tous bords, affluent de tout le pays pour voir les obText Colorjets du Second Temple. Regards émerveillés, fascination, amour et respect : un hommage inattendu des Ivoiriens au patrimoine d'Israël.

David Szerman, réalisateur du film, s'est rendu un mois sur place pour participer à l'aventure de l'exposition et nous rapporter ce documentaire saisissant.

David Szerman, réalisateur monteur, réside à Jérusalem. Outre son travail artistique et documentaire pour la télévision française, il se charge de filmer et monter vos événements familiaux et de réaliser des films promotionnels pour vos entreprises.

Vous souhaitez un film de mariage ou de bar-mitzva de qualité supérieure, un film d'entreprise capable d'atteindre sa cible : ayez recours au travail d'un professionnel doté d'un regard d'artiste.

Appelez David Szerman de l'étranger au : 00 972 2 5850 355 ou sur son portable : 00 972 547 699 654.

Appelez David Szerman en Israël : 02-5850 355 et 0547 699 654.

lundi 17 mai 2010

Avant première d'un film inédit de David Szerman

Le réalisateur franco-israélien David Szerman s'est rendu à Abidjan avec Jean-Marc Rosenfeld, directeur de l'Intitut du Temple de Jérusalem, pour une exposition sur le Temple de Jérusalem. L'exposition a suscité un intérêt et un engouement aussi soutenus qu'inattendus, aux manifesations parfois extrêmes.
Sous haute surveillance (éléments libanais proches du Hezbollah sur place), David Szerman a réalisé un film sur l'événement, sa préparation et ce que représente le Temple de Jérualem en Côte d'Ivoire.
L'avant première aura lieu le jeudi 27 mai à Jérusalem.
Renseignments : 02-5635240 ou temple-europe@012.net.il
PAF : 25 sh collation comprise.
Places limitées.
Pour en savoir plus sur le réalisateur David Szerman : www.szermanfilms.com

vendredi 23 avril 2010


Des chanteurs viennent se produire en Israël

Serge Lama, Suzanne Vega...

Réservez une place VIP
054 543 60 26 DANIEL




La Nouvelle Bima de Maalé Adoumim

Après l'Arche sainte, la "
bima" (estrade où l'on monte lire la Torah dans les yechivot et les synagogues)...

L'inauguration de la "bima" de la yeshiva de Maalé Adoumim a eu lieu le jeudi 11Mars dans le quartier de Mitspé Nevo.

Cette bima artistique créée par Cathy Kerner se compose de 10 panneaux : chaque panneau représente un "moed" de l'année, une occasion religieuse de se réjouir.

Elle a été réalisée en souvenir d'un jeune garçon, élève de la yeshiva tichonit (lycée juif religieux de garçons) de Maalé Adoumim. Pour rappel, Cathy Kerner a également réalisé une magnifique Arche sainte en mémoire d'un jeune homme victime d'un attentat (voir l'article dans les archives du blog).


jeudi 25 février 2010

Roy Chocolate ou l’art du chocolat en Israël

Article Nathalie Szerman
Photos Serge Cohen


Après le café, le vin et l’huile d’olive, c’est au tour du chocolat de connaître sa révolution israélienne. Le chocolat israélien n’a cessé de se diversifier ces dernières années : pourcentage de cacao utilisé, formes et présentations… Les chocolatiers champignonnent dans les grandes villes d’Israël, offrant des pralinés, des liqueurs et toutes sortes d’innovations artisanales… Roy Chocolate est la chaîne de chocolats artisanaux qui se développe avec le plus de succès en Israël. Présent dans plusieurs villes, avec une fabrique à Petah Tikvah, Roy Chocolate voudrait désormais s’exporter. Nous avons rencontré Roy dans sa boutique de Tel-Aviv, première de la chaîne.

« Il est beau, voluptueux, doux et sensuel. Mais surtout, il m’apporte du rêve. »

Parcours atypique que celui de Roy Gershon, ancien programmeur informatique, qui en a eu un jour assez du monde virtuel : « Il y a six ans exactement, je suis arrivé au bureau en me disant : c’est aujourd’hui la dernière fois. J’avais décidé de quitter le monde de l’informatique pour une profession où je serais en contact avec la matière – je ne savais pas encore laquelle. J’avais besoin de créer avec mes mains, de sentir des odeurs, goûter des saveurs, tout ce que le monde des ordinateurs ne pouvait pas m’apporter. »

Aussi étonnant que puisse sonner cet aveu, sortant de la bouche d’un grand homme au physique plutôt sec, Roy serait gourmand, de chocolats en particulier, et c’est ce « vilain défaut » qui l’aurait mené sur les sentiers de la gloire : « J’ai commencé à fabriquer des chocolats dans ma cuisine, et j’allais les vendre dans diverses boutiques à travers le pays. J’ai ensuite eu l’occasion de suivre une vraie formation de terrain en Belgique. »

Roy parle de chocolats comme d’autres parleraient de leur amant(e) : « Il réveille tous mes sens : il est beau, voluptueux, doux et sensuel. Mais surtout, il m’apporte du rêve. Avec le chocolat, plusieurs de mes rêves sont devenus réalité. » La réalisation des rêves chocolatés de Roy se fait toutefois plus en aval qu’en amont : ce ne sont pas les cultures de fèves de cacao d’Amérique du Sud qui le transportent, ni la comparaison des différentes poudres de cacao : « La préparation du chocolat est une opération industrielle nécessitant une machinerie énorme que je ne possède pas. J’importe donc du chocolat Valrhona tout prêt, connu pour son excellente qualité, que je m’occupe de rehausser grâce à diverses techniques et d’incorporer à différentes recettes, en lui donnant formes et couleurs. »

Pour Pourim, Roy nous promet des crécelles en chocolat, des masques et des clowns en chocolats.

Les créations de la Maison Roy à l’occasion de Hanoucca ne surprennent pas outre mesure : petits chandeliers artisanaux de Hanoucca aux couleurs vives et appétissantes, pièces en chocolat, toupies en chocolat retenues par un bâtonnet de cannelle, que l’on déguste en fondue ! Mais on trouve aussi chez Roy des bouquets de fleurs chocolatées, des plateaux de Seder de Pessah’ ou le « Maror » est replacé par une saveur nettement moins amère… Pour Pourim, Roy nous promet des crécelles en chocolat, des masques et des clowns en chocolats. A quand le déguisement intégral en chocolat ?

« Toutes nos créations sont made in Israël », insiste Roy. Pas de doute possible : les « MAZAL TOV » tracés à la main sur de grandes et appétissantes plaques brunes en forme de cœur nécessitent au moins trois ans d’oulpan intensif. Et les liqueurs caféinées délicieusement enivrantes, les étalages allant du blanc au presque noir en passant par tous les tons de beige et de marron, sans oublier le rose, les flambants rubans rouges répondent bien à l’exubérance du goût israélien…

Roy Chocolate ou l’art du chocolat en Israël II

« Je ne crains pas tant la concurrence des chocolatiers que celle des fleuristes ! »

La couleur est omniprésente chez Roy : « Travailler en aval comme je le fais, c’est investir dans la créativité et le design. » Des boîtes en carton plastifié noir et blanc, telles des écrins géants, rehaussent les tons chauds des chocolats renfermés : ce sont là les créations d’un concepteur français, sculpteur de formation. Roy explique comme suit cet investissement dans la forme finale du produit : « Je ne crains pas tant la concurrence des chocolatiers que celle des boutiques de cadeaux et des fleuristes ! Le chocolat est en effet un merveilleux produit à offrir. C’est pourquoi nous faisons un effort de présentation particulier, en étant attentifs au rythme des saisons, des fêtes, et en proposant des chocolats adaptées à toutes les occasions. »

Tel-Aviv (deux boutiques), Ramat Gan, Kfar Saba, Rishon leTsion, Jérusalem… En six ans, Roy Chocolate a explosé en Israël. Entend-il imiter Max Brenner, devenu une sommité mondiale du chocolat et désormais établi aux Etats-Unis ? « Non », répond catégoriquement Roy. « Max Brenner a été racheté par la grande chaîne israélienne Elite et a depuis perdu en qualité. Je ne veux pas suivre cette voie car pour moi, le chocolat est un plaisir et doit le rester. Je n’ai pas quitté le monde de l’informatique pour devenir un industriel ! » Il ne dénigre toutefois pas le succès de ce grand frère malgré lui : « Max Brenner a été le premier à introduire la dégustation du chocolat en Israël. Et je lui tire mon chapeau ! Aujourd’hui et en partie grâce à lui, le public israélien est beaucoup plus exigeant sur la qualité. »

A mi-chemin entre chocolatiers artisanaux et grandes chaînes industrielles, Roy Chocolate a une place à part sur le marché israélien

A mi-chemin entre les chocolatiers artisanaux spécialisés dans un produit et n’ayant souvent qu’une boutique, et les grandes chaînes comme Elite, Roy Chocolate a une place à part sur le marché israélien : « Je suis capable de diversité et de produire des quantités importantes – ce que je fais en répondant à des commandes de sociétés voulant faire un présent personnalisé à leurs employés ou à des commandes d’hôtels, mais sans jamais renoncer à mon caractère artisanal de chocolats faits main. »

Dans sa fabrique de Petah Tikva, tous les chocolats sont faits main, assure-t-il. Les membres de l’équipe, très investis, font part de leurs idées, de leurs goûts et envies, et les avis de tous sont pris en compte : « Il n’y a pas un goûteur attitré pour trancher ; tous participent. » Ceux qui envisageaient de se reconvertir dans le métier de goûteur de chocolats devront chercher ailleurs…

Testant les liqueurs et pralinés placés devant nous, nous ne boudons pas notre plaisir sucré, estimant toutefois avoir connu un plaisir plus fort en cacao chez des chocolatiers européens. Comment Roy explique-t-il l’importance de son succès en Israël ? Honnête, il admet que sa réussite s’explique « certes par notre constant travail d’innovation, mais aussi par notre belle histoire d’amour avec les médias : j’anime une émission de télévision sur la deuxième chaîne, tous les samedis à 18h30, avec trois autres grands chefs. Nous présentons à chaque fois une nouvelle recette. » Un journaliste israélien a en outre écrit pour le grand quotidien israélien Yediot Aharonot un article dithyrambique sur les chocolats de la Maison Roy, article fièrement exposé dans la boutique de Tel-Aviv.

« La véritable clé de mon succès n’est autre que ma ’houtspa’ »

« Mais je vais vous dire », poursuit Roy, « la véritable clé de mon succès n’est autre que ma ’houtspa’ : j’ai l’audace de m’aventurer sur des sentiers inconnus, d’oser des saveurs différentes. Tenez, goûtez cela ! » Un chocolat au lait qui rappelle vaguement le Crunch… « Que renferme-t-il, à votre avis ? Du riz ? Et bien non, c’est du maïs. Je suis le premier à avoir introduit le maïs dans le chocolat. »

L’une des fiertés d’Israël, Roy Chocolate est présent au Duty Free de l’aéroport Ben Gourion et dans le catalogue Fedex, mais n’a pas encore franchi la frontière : « Il était question que je m’exporte aux Etats-Unis l’an dernier. Mais la crise a mis le projet entre parenthèses. » Et c’est aujourd’hui plutôt vers l’Europe qu’il tourne ses regards : « Je pense que le marché des chocolats cashers en Europe pourrait beaucoup se développer et se diversifier avec nos chocolats. Encore faut-il trouver un partenaire européen à la hauteur. » Et ce n’est pas son site qui l’y aidera, vu qu’il n’existe pour l’heure qu’en hébreu. On peut toutefois y admirer un diaporama de chocolats de toutes les formes et de toutes les couleurs. Alors gourmets et esthètes, à vos postes sur http://www.roychocolate.co.il/ pour regarder le chocolat faire son cinéma !

Paru dans Israël Magazine
Annonce : une pièce de théâtre sur le Kibboutz

KI AMITIT HI (voir article plus bas) : la troupe se produit Pourim, motsé Shabbat 27 février à 20h30.

Pour plus de renseignements : appeler Ronnie au 0525642235



Bons masques à tous et NAAFOKHOU !
Ruines du Néguev : Shivta

Au milieu du sable, le site archéologique Shivta. Pas une trace d'eau, ni même de puits asséché dans ce qui était, il y a 1500 ans, une presqu'oasis avec des arbres fruitiers, des récoltes de céréales et des troupeaux de chèvres alentour.
Sur ce site tout en lumière dorée, où un groupe humain a si bien su, autrefois, mobiliser son énergie et ses ressources, les ruines d'églises byzantines laissent entendre des prières suspendues pour l'éternité.


Photo (C) Nathalie Szerman : vestige d'église byzantine, février 2010